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La conscience de l'éternité

Écrit par 

Takis Stavropoulos, avocat quadragénaire, dans les années 90 à Athènes. Marié à Iris, fille unique d'un politicien qu'il abhorre, il aime plaider la cause de ceux qui ont assassiné en état d'emportement et pour des raisons personnelles. Voilà qu'il plaide la cause de Mondezannes qui a tué sa femme et ses deux enfants sans raison apparente. Son angoisse est aussi grande que son ambition. Il met son point d'honneur à réussir cette affaire sur laquelle il joue la consécration de sa carrière. Pour mieux étudier la préparation psychique et pratique du crime, il lit le journal du tueur que ce dernier lui a confié. On entre ainsi dans les affres de l'âme de Mondezannes qui pense que sa femme ne l'a jamais aimé. Stavropoulos gagne sa cause - Mondezannes ne sera pas condamné à la peine capitale, mais à l'incarcération à vie. Mondezannes se suicide.

 

Le beau-père de Stavropoulos lui fait part de sa décision de le faire élire à son parti à la place d'un député qui est trop mouillé pour y rester. L'avocat n'accepte pas de prendre cette place de pion et son beau-père lui apprend que ses affaires gagnées étaient faussées car il ne pouvait pas se permettre d'avoir un beau-fils raté. Pris dans les engrenages de la politique, de la soif de carrière et de la haine, l'avocat s'identifie à Mondezannes et entre dans un délire total. Il tue son beau-père, le dit à sa femme qui lui donne sa carte bancaire et s'enfuit vivre dans les Maldives avant de se suicider - ou de sombrer dans la folie.

Si donner la mort nous met au même rang que Dieu, cela ne nous avance en rien dans la connaissance de la mort. Pourtant, la nature de l'homme est profondément homicide.

Un texte quasiment philosophique, plein d'ironie, d'humour et de poésie (grinçante). Au milieu du livre, pendant le dialogue de Mondezannes avec Dieu, la théorie l'emporte sur l'action. Pourtant, peut-on parler d'action dans ce livre où tout se passe dans la tête des deux assassins ? En effet, la vision que nous avons des choses vient de leur esprit déformé par leurs passions. Peut-être est-ce justement la raison pour laquelle nous les sentons si proches. Il n'y a qu'aux moments où leur action trébuche sur nos "habitudes morales" que nous secouons la tête : "non, celui-là ne peut être moi !"

Dans un siècle qui souvent manque d'idées et s'accroche au style, cette œuvre, où le style semble ne pas avoir d'autre importance que celle d'arriver à dire ce qui se cache au  fond de l'âme humaine lorsque celle-ci est bouleversée, donne accès à un monde littéraire riche de tous les détails qui en font la beauté. En effet, l'auteur satisfait à son idée que "le roman doit présenter un système philosophique autonome" et crée une œuvre dans laquelle on retrouve avec une immense joie le plaisir romanesque.

Rapprochements avec des auteurs passés ou contemporains.

Dans la présentation de cette oeuvre à l'émission littéraire de V. Vassilikos en Grèce, on a parlé des ressemblances certaines qui existent entre Assonitis et Thomas Mann, Broch, Musil, Kafka, Dostoievski et "tout le discours sur la criminalité, si  florissant pendant l'entre-deux-guerres".

Il est aussi des ressemblances évidentes avec la trilogie d'Ernesto Sabato tant dans la forme narrative (le récit minutieux et fiévreux de Martin de Héros et tombes n'est pas sans rappeler la narration à la première personne de Stavropoulos), que dans certaines images (la traversée d'un tunnel des deux assassins rappelle également celle de Juan Pablo dans le Tunnel). L'incommunicabilité est par ailleurs un thème constant tout en n'étant exprimé -chez les deux écrivains- que de manière "indirecte" : à travers la paranoïa -plus ou moins aiguë- des personnages.

Il y a aussi des ressemblances avec Beltenebros de Antonio Munoz Molina, surtout dans le côté thriller du récit et l'impression (de Darman et de Mondezannes) de se sentir comme déjà morts. Or, si le personnage de Munoz Molina est seul dans le monde et se cherche une sorte de famille, les deux personnages de Assonitis suivent le chemin inverse : pour Mondezannes la famille est l'image -sinon la cause- de l'échec de sa vie et pour Stavropoulos elle est autant la source du bonheur –sa femme Iris- que la source de tous les maux -son beau-père. Il est à noter que Stavropoulos regrette de ne pas avoir fait un enfant à sa femme.

Enfin, la pensée philosophique de Assonitis, se rapproche beaucoup du Mythe de Sisyphe de Camus : méditation sur la condition humaine et surtout sur ses rapports avec la mort, le roman nous présente deux personnages qui, s'ils luttent pour une meilleure existence, ne sont pas moins conscients du caractère dénué de signification de celle-ci. Stavropoulos en est bien persuadé, qui dit aimer le paradoxe...

Un roman sur le Bien, le Mal et Dieu, plein d'ironie, d'humour et de poésie (grinçante) sur la nature - prodondément homicide - de l'homme. Note de lecture disponible en français

Assonitis Alexandros

Alexandros Assonitis est né à Athènes en 1959. Il a entrepris des études de droit à l'Université d'Athènes. Il se consacre à la traduction d'auteurs grecs anciens et étudie la relation qui existe entre la littérature grecque antique et les chansons du XXe siècle qu’on appelle rebetika. Il a écrit des livres pour enfants sur la philosophie grecque ancienne. Avec La conscience de l'éternité il a été consacré comme un des auteurs importants de la littérature grecque du XXe siècle. Dans son deuxième roman intitulé Talking Water, Assonitis poursuit son exploration des tourments de l'âme humaine.

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